La flamme
On y voit que du feu !
«C’est au point qu’il suffit de s’enflammer pour se contredire.»
Gaston Bachelard, la psychanalyse du feu
En 1998, à l’occasion d’un stage dans une boîte de production souhaitant élaborer une chaîne d’art vidéo, je découvre le genre. Ce projet «Notivi», qui fut finalement éphémère, m’amena au Musée d’Art Moderne. Parmi les installations, une série d’œuvres de Pierrick Sorin étaient exposées.
Je me souviens avoir été surpris par ce travail. Après observation, il me sembla très proche de la production des Deschiens, programme bien connu de la chaîne cryptée. C’est du moins la perception que j’en eus – notamment par le ton employé.
Sur le moment, je me souviens m’être demandé s’il y avait eu inspiration, quel travail avait pu bien être précurseur. Sur l’instant cela me paru évident. La télévision diffusait des programmes à un large public tandis que le musée, plus élitiste, devait sûrement s’adresser à un public averti. De cette « logique encadrée », les Deschiens n’avaient pu que s’inspirer du travail de Pierrick Sorin que je considérais alors comme plus élitiste. Je me rappelle que j’ai cru comprendre qu’il y avait des strates dans la production : l’art contemporain « se devait d’être premier » et ce que l’on percevait à la télévision ne pouvait dès lors être qu’une reproduction, une pâle répétition. Avec l’idée sous-jacente que les deux formats ne s’adressaient pas au même public. Vision déformée de la réalité, il n’y avait probablement pas de rapport si ce n’est une même ambiance.
En réalité, il est vain de chercher ou de rechercher un primat d’originalité-propriétaire dans le processus de la création artistique. Il était probable que ces inspirations venaient de ce qu’on pouvait sonder d’une époque, d’une tendance générale de l’esprit d’une société ou encore plus simplement d’un « clin d’œil » entre artistes. Seul le marchand et son rapport à l’Art a besoin d’un « indice d’originalité » pour établir des codes, selon un principe de valorisation de l’Art et non des arts. Les créateurs ne s’embarrassent pas de cela, ils s’inspirent tant qu’ils respirent.
Sujet brûlant.
Avant d’être un objet à acquérir. Une prise sur le marché. Un amour incompris. L’art questionne. C’est une culture partagée et à partager. L’art permet de creuser, de questionner et se questionner et d’interroger le réel comme une démarche commune.
Il pourra être dans un intervalle, un échange. Soit, dès le processus de création. Soit, une fois diffusé par l’artiste. Par acquisition. Par la reprise. La reproduction. L’évocation. L’énoncé même. Dans l’art, il y a l’intentionnel et il y a l’accidentel. Puis il y a le mélange qui se reproduira à nouveau dans l’échange.
Tant que l’Art sera considéré, dans sa finalité, comme piédestal. L’Art consacré par le marchand ou l’acquéreur, n’étant alors pas compris autrement que comme but à profit : ce miroir narcissique; sa fonction émancipatrice sera floue, codifiée, jalousée. Seule la démarche compte, le résultat est incertain. L’incertitude de la plaisanterie, du plaire, du plaisir procuré.
Le discours de la compétition, c’est d’affirmer que sans, il n’y aurait pas de création, d’invention, de travail. Croire cela, c’est ignorer que le non-sens de notre existence suffit à en chercher le sens et donc d’œuvrer à le créer.
«Étudier ne veut pas dire consommer des idées, mais plutôt les créer et les recréer.»
Paulo Freire
Débarassé du marché, l’art pourra respirer et l’artiste souffler. Époustouflant. Troublant. Évanescent. Presque gênant. Ni géant, ni génie. La figure de l’Artiste se construit, et l’artiste produit. Car si l’observation, l’imitation et la reproduction permettent d’apprendre. Le dire c’est un peu banal.
Seule la production-création permet de comprendre. D’avoir un nouveau regard sur sa propre production et par extension sur celle des autres. La mise en œuvre, le faire, l’acte de création, est la condition de la réappropriation d’un possible commun, par l’appropriation de son geste, de son acte, de sa proprioception. En somme : de sa perception du réel en tant que conscientisation du possible commun.
Il ne s’agit pas d’effacer l’auteur, mais peut-être la marque – celle que l’auteur pourrait porter sur son dos comme un fardeau. Comme marqué au fer rouge. Identifiés à vie, cadenassé par le marché, excluant toutes remises en cause, toutes possibilités de recréation, de réinvention, engluant l’imaginaire.
Des Deschiens à Pierrick Sorin jusqu’au CopyComic, tout est normal. Et, si c’est un problème, une solution pour tout « artiste-auteur » : une avance sur création, une autre condition.










































